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2ème partie, Ceuta -
Madère
Court
passage en France pour récuperer des affaires, et avion puis
hélicoptère pour Ceuta.
Je retrouve K'Moon en parfait état, ou je l'avais laissé,
sauf qu'il est très sale. Le sherghi a du souffler et lever pas
mal de sable car le pont est carrémment rouge de
poussière.
Deux jours pour tout préparer ( installation du détecteur
de radars) et le vendredi 1 juillet, direction le cyber-café
pour prendre la météo. Tout est normal,
météos Espagnole et Allemande, et donc ce soir vendredi
1er juillet départ prévu des que possible.....sauf que
l'administration du port de Ceuta est un petit peu à la
traîne. Il faudra 3 heures pour établir une facture,
payer. Entre temps je suis à couple de Moana, certains (
très
peu..) comprendront.
Cette page ne contient que très peu de photos, et deux petits
films, la suite vous dira pourquoi...
Largage définitif des amarres à 19 heures précises
pour 597 miles dans le 255°. Le test pour le bateau et moi
même, temps prévu, autour de 5 jours sans voir les
cotes sauf les lumières du Maroc la première nuit.
Surprise dans le détroit que je pratique coté sud, j'ai
le courant dans le pif. J'ai le sentiment d'avancer à 5 noeuds,
en fait au GPS je me traîne péniblement à 3, grand
largue et tout dehors.
Surprise "bis" et "ter", à 23 heures je tape 2 baleines
successivement à 15 mn d'intervalle. Arrêt du bateau,
plongeon avec la torche et contrôle du safran qui a bien
tapé sur la deuxième. Tout est bon, on peut y aller.
Pas très longtemps, à 2 heures samedi matin je suis
dèja avec 2 ris et le tourmentin. Et le
vent monte, mais tout se calme vers 7 heures et je
peux re-établir la voilure normale.
Le samedi se passe donc normalement, beau soleil, belle mer, tout va
bien, mais il fait très froid : 2 polaires, pantalon et veste de
quart, on est en juillet je LUI rappelle !!!
Dimanche 3 juillet le vent se lève de plus en
plus et je finit par remettre le tourmentin et prendre 2 ris. En
prenant les ris je me rend compte que le vis-de-mulet ( articulation
entre le mat et la bome, le truc qu'on prend dans la tête, et
avec un "s" a la fin, pas un "t"...) est en train de lâcher. Une
bague en nylon s'est cassée et maintenant je suis alu contre
alu, ça na va pas tenir longtemps. Donc, plus de grand'voile
pour le reste de la traversée, ça promet. Le vent est
terrible et je prends de rafales à plus de 100 km/h avec un vent
moyen de 70 km/h. Avec le tourmentin tout seul j'avance tout de
même à 4 ou 5 noeuds.
Le problème vient des vagues que je prends de coté, et le
bateau roule énormemment.
Lundi 4 juillet, mon problème sera la
mer plus que le vent. Plus de rafale, un vent établi vers les 50
km/h, mais j'ai un mat de 13 mètres et, à intervalle
régulier de 40 minutes, des vagues énormes, en
général arrivant par 3, me couchent le bateau
complètement. Sans paraître prétencieux, certaines
vagues égalaient largement la hauteur du mat. Et là j'ai
eu peur. L'eau rentre par les prises d'air du pont et du moteur, je me
retrouve debout sur la face intérieure des assises du cockpit la
tête contre la filière et en me calant entre les deux
winches je me tiens, en plus des 2 longes de sécurité du
harnais, une en fond de cockpit et l'autre sur les sangles
prévues à cet effet. Repas d'horreur = 1 boite de
raviolis froids, le fond de l'humanité pour moi !!!
Le ciel est noir, la mer est noire, il pleut. Je débranche le
frigo pour économiser de l'énergie, le soleil ne se
montrant pas du tout productif sur le panneau solaire.
Lundi soir je suis épuisé, j'ai froid, j'ai faim, j'ai
peur. Je passe la nuit dans le fond du cockpit à me faire
chahuter dans tous les sens. Je me fait encore coucher quelques fois (
8 fois au total le mat sera dans l'eau) et 2 fois j'ai fait le
sous marin complet. Si vous hésitez, prenez un vieux
Dufour, ça flotte sérieux ce truc là.
Petit film = un peu de houle
Mardi matin, la mer se calme, et je vais
pouvoir mettre le génois....sauf que je me rend compte que
l'enrouleur a perdu des boulons dans la bataille, et donc je dois me
contenter du foc de route, et évidemment sans grand'voile. Le
bateau est dans un état lamentable, le hublot de la salle de
bain est fendu, le liston coté vague est arraché
malgré le changement de boulons avant le départ. Les
planchers sont mouillées, tout a volé dans les
équipets, et en plus je me ramasse une angine et je dois
attaquer les antibiotiques.
1er repas chaud, riz et corned-beef, avec Cat Stevens à fond,
ça
soulage. J'avance tout de même et le ciel semble se
dégager.
Petit film = Route sous foc seul
Mercredi matin, dernier matin d'après
mon tableau d'avancement, ciel bas et noir, pluie, vagues de travers
entre 3 et 5 mètres, très dur pour le moral. Un truc qui
marche parfaitement bien est le détecteur de radar qui me
signale tout bateau avant que je ne le vois, c'est "Mer-Veille" et le
nom est bien trouvé. Le ciel se dégage lentement et
à 14 heures 30, je vois le soleil pour la première fois
depuis samedi soir. Pas longtemps..mais c'est noté dans le
carnet de bord, ça a du être important à ce moment
là pour moi.


Le soir, Madère en vue, et sous la pluie je mets plus de 2
heures
à hésiter à rentrer dans le port de "Quinta Do
Lorde" tellement les vagues tapent sur la falaise et j'ai peur j'y
laisser le bateau. A 23h45, K'Moon est amarré, je descends et je
pleure. Je n'ai pas honte, mais je suis arrivé a passer ce qui
pour moi est le plus mauvais temps jamais rencontré, sauf peut
être une fois au large de la Norvège il y a 13 ans en
hiver.
Et là, je dois remercier les gens de cette marina, qui ne liront
jamais ce texte, mais qui on été d'une gentillesse
remarquable. Et aussi, et eux le sauront, Annie et Baudoin, de "Big
Doubil III", qui m'ont chouchouté dès mon arrivée,
m'ont fait manger et m'ont fait rire. A eux un grand merci. Aussi merci
à Kari de "Numbawan" pour sa bonne humeur. Il en est
à son troisième tour du monde avec sa femme, le
premier étant sur un bateau de 8 mètres. Il vont
bien les
Finlandais...

Les réparations du liston et du hublot son immédiates,
pour le reste, il faudra attendre un peu pour avoir les pièces,
mais tout devrait rentrer dans l'ordre en une semaine de travaux.

Bilan de la traversée Ceuta - Madère = 603 miles pour 597
théoriques, ça c'est pas mal, en 5 jours et 5
heures, soit 4.8 noeud de moyenne, ça ce n'est pas terrible mais
il va falloir s'en contenter.
Vendredi matin je rentre en France et repars pour Cuba en avion pour le
boulot.
K'Moon est tranquilement au repos pour 6 semaines.
Sur place je prends le temps de réserver une place au port de La
Havane, abrité des cyclones et avec eau et
électricité, très bien au passage le resto chinois
de la marina....et ça change du riz et du poulet à la
Cubaine !!!!.
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