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3ème partie, Madère- Cuba

L'ILE DE MADERE

MADERE - LA GUADELOUPE

LA GUADELOUPE - CUBA


Premier passage à Madère fin août pour les réparations.
J'ai fait faire, grâce a la famille en France, 2 bagues en nylon pour la bôme, les vis de l'enrouleur de génois j'en ai d'avance à bord.
Donc 10 jours de semi-vacances sur l'île car j'ai bien l'intention d'en profiter un peu...
Le matin, réparations et courses diverses, l'après-midi promenades et visites.
Le plus dur pour les réparations a été de trouver un jour sans vent pour sortir les voiles. Il y a toujours du vent ici, et de la pluie une a deux heures par jour. Pas étonnant que les fleurs poussent bien malgrès la pauvreté du sol. Des fleurs partout est la principale curiosité de cette île.

fleurs   





On a l'impression que planter de bâton suffirait a le faire pousser et a créer un paysage. Des fleurs de toutes les couleurs, de toutes les formes. Je ne suis pas un spécialiste en la matière, loin s'en faut, mais on découvre à chaque virage des couleurs nouvelles. C'est vraiment magnifique. Le tour de l'île se fait en deux jours de voiture, 50 km de long, on a le temps de tout voir en peu de temps.





falaise




Pourtant le paysage général ne pousse pas à la gaité. Tout est noir de poussière volcanique, les falaises entourent l'île á part sur Funchal, qui est bien évidemment la capitale, et la grande ville.

Un port a pu se faire sur le petit bout de terrain plat en bas de la ville. Sur la cote nord, il n'y a rien a part deux ou trois villages isolés qui reçoivent les vagues toute l'année; Et des aloès, dont on tire toute une gamme de produits para-pharmaceutiques contre tout les maux du monde. J'en ai pris, je verrai a quoi ça va me servir.







bleue


Tous les villages sont construits comme des maisons de poupées, tout semble propre, net, pas un papier ne traîne. Caty la secrétaire de la marina m'a expliqué qu'il y avait plus d'employés du service de nettoyage á Funchal ( 200 000 habitants) qu'à Lisbonne. Tourisme oblige, image oblige.
Ça se voit, et comme les alizés soufflent en permanence, on a l'impression que même l'air est propre. Quand on arrive de Cuba, on visite une autre planète !

Royaume de la plongée pour essayer de voir les dauphins ou des baleines, il y a aussi plein de sentiers de randonnées qui sillonnent l'île pour découvrir les paysages les plus jolis.

Madère était le premier port baleinier d'europe. Suite a des arrêtés internationaux, toute pêche est interdite, et les pecheurs, à l'image de nos agriculteurs français chasseur de primes, restent a la maison et touchent les subsides internationaux. Joli métier....mais pas de politique ici.



Le réparations finies, le plein de tous les tanks à eau et diésel fait, je me suis attelé a la liste d'avitaillement pour la traversée, et pour vivre un peu sur place à La Havane. Connaissant les lacunes de Cuba, j'ai chargé le bateau de quoi tenir 100 jours en autonomie. 200 repas, ça remplit vite les coffres et il a fallu revoir le plan de répartition entre la "bouffe" et le reste pour trouver de la place. Je me suis séparé de la machine à laver le linge pour remplir l'espace de boites de conserves...


digue 
Je profite d'une visite à des amis pour "réserver" un chat pour la traversée. Je ne sais pas ou je m'embarque avec cet animal, lui encore moins, mais bon, au moins j'aurai quelqu'un à qui parler. Vite rebatisee "cubana", la minette a eu l'air de m'apprécier, affaire a suivre pendant 25 jours. La pôvre...


Enfin, dernière formalité traditionnelle, j'ai peint ma marque sur la digue, au milieu des autres.

Comme la marina est neuve, il y a peu de noms, mais déja le mur se remplit, comme à Funchal, et d'ici quelques années, j'aurai disparu, recouvert par de nouveaux nom de bateaux. 









quiinta




Voila, je laisse le bateau prêt au départ et je rentre sur Cuba retrouver le boulot pendant 2 mois, et départ prévu  début novembre, après la saison des cyclones. J'ai vu Wilma sur La Havane, je n'aimerai pas me retrouver nez a nez avec sa frangine en pleine mer. (Voir les aventures d'Olivier et Valérie sur Audelie)

En attendant, la tension monte un peu en pensant à cette transat en solo. Je crois avoir pensé a tout, même à la survie dynamique, mais bon, on verra bien. Le plus dur est quand je pense qu'un jour il faudra rentrer en Europe par la route nord....ou passer le canal de Panama à 4 jours de mer et continuer sur Bora-Bora !!!






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ÎLE DE MADÈRE - ÎLE DE LA GUADELOUPE

Pas facile d'écrire et de résumer 3026 miles (ou 5604 km) de transat, seul à bord. Je ne sais pas très bien par quel bout commencer.
En premier, comme je vais utiliser quelques noms techniques simples, je vais au moins expliquer le nom de voiles, ce qui risque de revenir souvent, de sorte qu'à la fin vous serez d'excellents équipier(e)s.
voiles

          J'espère que le dessin est un peu visible.
          La grand'voile a 4 positions = haute (jaune vif), et 3 "ris" successifs ( turquoise, orange et vert)
          qui la réduisent à très peu.
          Les voiles d'avant se décomposent en 1 génois qui peut lui aussi se réduire un peu  en s'enroulant le           long d'un tube entre le haut du mat et la pointe avant du bateau, mais à un certain niveau il vaut               mieux carrément le changer pour le foc, et en dernier lieu  il reste le tourmentin, qui porte sa                   raison d'être dans son nom...

          Donc quand tout va bien = grand'voile haute et génois déroulé,
          Quand ça souffle très (trop) fort = grand'voile à 3 ris et tourmentin
          Entre les deux situations, tout est possible.

Un mile, un noeud: c'est la minute d'angle terrestre, j'explique. La terre est un rond et fait donc 360 degrés. Chaque degré est partagé en 60 minutes ( ah, les cours de maths de 4ème). Une minute égale 1 mile marin, 60 miles égale un degré terrestre. Et un noeud est la vitesse d'un bateau qui fait 1 mile/heure.

Au départ, je pense pouvoir rejoindre Cuba directement depuis Madère, il y a 3770 miles à faire (question: ça fait combien de degrés tout ça?) en 31 jours, soit 121 miles (225 km) par jour à la moyenne de 5 noeuds, ce qui me semble réaliste avec K'Moon. En descendant le long de l'Espagne, je me suis trouvé dans des conditions "espérées" et le bateau avance entre 6 et 7 noeuds (Petit rappel à 6.8 noeuds). Tout me semble parfait...me semble...      

Je pars avec 3 bidons de 5 litres d'essence pour le groupe électrogène, ce qui doit le faire tourner 30 heures, soit 1 heure par jour, en plus du panneau solaire.
En diesel, j'ai le plein plus 2 bidons de 10 litres, ce qui me fait à peu près 70 heures de moteur en cas de nécessité.
Au vu des formalités en arrivant à Cuba avec un animal, je laisse tomber l'idée du chat, la pauvre bête ne demande rien à personne, se fait 4 semaines de bateau pour avoir toutes les chances de se faire euthanasier en arrivant, je préfère la laisser vivre tranquille à Funchal dans sa famille d'accueil.
J'ai toujours ( ou déjà ?) mal au coude,  pensant à une piqûre de scorpion à Cuba, la suite montrera que non.

Donc, départ le 8 novembre à 12 heures précises (toutes les heures sont en horaire Greenwich) après avoir salué une dernière fois Madère.

der madere


Derniers coups de téléphone aux enfants et à la famille, petite larme d'appréhension en partant seul pour 4 semaines, mais le temps est magnifique, le vent parfait, et un rallye "La Transat des passionnés" part des Canaries, ce qui devrait me faire de la compagnie en mer, eux partant sur St Martin, donc plus ou moins même route.
Départ sur les chapeaux de roues... pendant 3 heures, entre 6.5 et 7.4 noeuds, je pense que tout ça va être une simple formalité.

A part que ....


Pour résumer:

diam    Dès le second jour, gros temps, mais je tiens juste ma moyenne avec 490 mile en 4 jours dans une mer assez grosse qui m'oblige à naviguer souvent avec le foc, voire le tourmentin et 2 ou 3 ris dans la grand'voile. Mon principal problème vient de la direction du vent que j'ai dans le nez et qui m'oblige à louvoyer pour pouvoir avancer dans la bonne direction. Et surtout que dans la nuit je perds 2 des 3 bidons d'essence !!
Noté sur le livre de bord le 11 novembre : "bien secoué, impossible dormir. Pluie, vent, marre. Ciel noir au nord, à l'est, au sud, y tambien à l'ouest, je passe ou ?"
Suivent des jours sans vent qui me cassent ma courbe d'avancement, mais je compense un peu au moteur, et le 17 novembre je suis toujours dans les temps avec une moyenne quotidienne de 122.6 miles (pour 121 prévus, pas de marge...)
Noté sur le livre de bord le 18 novembre : "la mer monte, la haine aussi", foc et 2 ris dans la grand'voile.

diam    Ensuite c'est la "cata" avec l'arrivée de la tempête tropicale "Delta". Suivent des jours de gros temps entre le 20 et le 28 novembre ou il vaut mieux ne pas recopier intégralement mon livre de bord si des enfants lisent ceci !!! J'essaye de sortir du centre mais je suis continuellement rejeté vers l'oeil par le vent, et la vague me casse la vitesse qui est déjà ridicule. Je traverse donc Delta en diagonale nord-est / sud-ouest. Impossible de dormir dans les endroits prévus a cet effet (!!) malgré les barres anti-roulis, je m'installe une assise du cockpit sur le plancher sous la table, une serviette éponge comme oreiller, et c'est parfait pour la semaine pour récupérer, tout habillé.

Le 22 je note "41 noeuds de vent bien établis", "tourmentin et moteur au ralenti pour me tenir face à la vague".
Le 23, sur le livre de bord : "1 heure de soleil, réparé groupe électrogène", "pluie, fuite sud".
Le 24 noté sur le cahier : "fuite sud sous tourmentin, pluie, vu un arc en ciel mais je n'y crois plus", "reste 8 litre de diesel, 8 litres d'essence, 30 litres d'eau", "je vais aller ou je peux et abandonner le bateau".....  C'est pas bien ça Richard !!
Le 25 je passe la moitié de la distance théorique à parcourir ce qui m'établit un nouveau plan de route en 34 jours, à part que je ne suis pas dans la bonne direction !!!
Le 27 la bôme casse au niveau du vit de mulet. Obligé de la couper sur 5 cm (il y a un peu de marge heureusement) et de la refixer avec une série de rivets.
Noté sur le livre de bord le 28 novembre : "15 virements de bord, 4 empannage, 7 grains, pour 32 miles en 24 heures...stop"," ya un truc pour tant de haine"

diam    Le 29 ça se calme un peu..enfin et ce sont les orages qui prennent la suite ce qui n'est pas mieux. Je me fait complètement "électriser" le bateau sans prendre la foudre, du coup tout ce qui est en métal, inox marine merci, se met à rouiller. Les filières sont à la limite de casser, les balcons rouillent, les haubans s'oxydent, le circuit électrique passe à la masse et je n'ai plus de pompes de cale. A 20 heures je craque complètement et je m'enferme dans le carré dans un état moral lamentable.
Mais je trouve une tablette "Milka" noisette. La grosse !!!. En entier, crac, avec une tasse de thé brûlant en "de colère", je réagit et je ressors avec le moral à bloc. Toute la nuit je vais essayer de passer entre les  éclairs, et ça passe !! Par contre je prends la décision de ne pas aller sur Cuba par manque de temps. Je pense à St Martin.

diamond Mais il faut revenir à l'histoire de mon coude droit qui ne cesse depuis le départ de me faire très mal. J'ai déjà avalé une cinquantaine de cachets d'ibuprofène à ce jour pour masquer la douleur. Du coup je suis couvert de plaques allergiques en plus des escarres et des furoncles sur les fesses à force de reste mouillé avec la combinaison de pont. Je cherche enfin dans ma documentation médicale...et je découvre en fait que j'ai une crise d'urée depuis 3 semaines. Je ne bois pas assez...d'eau. Ce qu'on appelle "la goutte". Et forcement pas de colchicine à bord. Reste à supporter la douleur et le handicap de ne pouvoir rien faire, ou si peu avec le bras droit. Depuis le début je me suis trouvé des astuces pour manoeuvrer le bateau, mais avec un coude quasiment bloqué (je me suis fabriqué une atelle pour protéger des chocs et de mouvements) ce n'est jamais facile. Une main pour soi une main pour le bateau...la main pour moi je l'ai souvent oublié, et du coup ( c'est le cas de le dire) je suis en plus couvert de bleus et de bobos en tout genre suite aux chutes à répétition. Ce qui a bien sur un effet des plus remarquable sur le moral...en plus du reste !!! Pour info médicale, en 30 jours je suis arrivé à ce total de cachets qui fait peur =  100 Advil, plus 40 Ketum...une boite de chaque

diam    Le 30 novembre ça redémarre un peu, le vent est fort, la mer mauvaise, mais j'avance dans la bonne direction. Je sors toute la toile, tant et si bien qu'à 18h30 je couche le bateau une fois de plus. Mais maintenant je sais pourquoi (voir shémas). Défaut de conception du pont qui fait une "marche" à mi-hauteur de la coque. Dés que cette marche touche l'eau, c'est comme un croche-pied, la glissade du bateau se transforme en "arrêt immédiat" et vlan, le mat dans l'eau. Le réflecteur de radar (en haut du mat) en profite pour me quitter définitivement par contre la vaisselle de l'évier semble apprécier la table à carte, et les cartes le plancher...mouillé. Le groupe électrogène fixé par 2 "ficelles" dans le cockpit résiste pour mon plus grand bonheur. Car depuis plusieurs jours, n'ayant plus de soleil, c'est lui qui me recharge les batteries 1 heure par jour. Mais l'essence se fait rare !!!

Le 1er décembre, plus de vent !!! Mais plus de diesel non plus. La nuit à attendre. Noté sur le livre de bord:" marre, c'est une punition. je ne peux même pas écrire, j'ai mal. je veux partir d'ici". Pas terrible tout ça mon garçon !!! Vitesse moyenne de la journée : 0.5 noeuds avec le spi ( la jolie voile en couleur devant les bateaux sur les jolies photos..) J'en profite pour faire un gros nettoyage du bateau...et je découvre un bidon de 5 litres d'essence dans la quille. Elle est pas belle la vie !!

Le 2 décembre, je décide de finir à La Guadeloupe, seul endroit ou je vais trouver un hôpital francophone pour mon bras, et suffisamment de magasins pour les réparations du bateau, car pas mal de petites choses sont à changer. Il me reste 660 mile à faire.

diam    Les derniers jours je vais donc avancer cahin-caha vers la Guadeloupe, dans une mer entre 2 et 5 mètres au maximum, avec un vent complètement instable. Établi entre 15 et 18 noeuds, mais enregistré encore 29 sous les grains le 6 décembre. Je garde en permanence 3 ris dans la grand'voile, étant incapable avec mon bras de "réagir" rapidement dans les grains, ce qui n'arrange pas ma vitesse, mais me permet de récupérer un peu.
Je vais arriver au port de Pointe à Pitre le 8 décembre à 20 heures TU. Mais jusqu'à la fin ce sera pétillant de joie puisque je vais planter le bateau sur un banc de sable dans la passe, théoriquement draguée à 4.5 mètres, sachant que j'ai 2 mètres de tirant d'eau, cherchez l'erreur. Ils doivent avoir des taupinières sous-marines là-bas. Obligé de faire venir la vedette de la capitainerie pour me sortir de là...à 200 mètres des pontons. Et de suite direction la pompe à gas-oil car je dois tourner avec les vapeurs du réservoir. La jauge est à 0 depuis un bon moment. Plein fait, en fait il me restait 6 litres, soit encore 4 heures de marche au moteur.


A 17 heures locales je suis au ponton, un peu hagard, désemparé.... et triste. La première nuit sera dure de ce fait, à ressasser toutes ces journées. Je comprends maintenant "La Longue Route" de B. Moitessier. J'y ai souvent pensé en mer, et c'est vrai que, malgré tout, on a peur du port, peur de l'arret, de la fin. 
retour


Le lendemain matin je me jette à l'hôpital pour confirmer la crise d'urée et avoir enfin le bon traitement. Et le reste de la journée sera occupé à trouver un vol pour rentrer sur Cuba...pas possible !! Il me faut passer par Paris et je vais finir pas me faire 21 heures d'avion entre dimanche soir 20 h et lundi soir 20 heures ! Je note au passage que l'avion est nettement plus rapide que K'Moon, que le repas est servi chaud et qu'il suffit de demander un couverture, un oreiller et d'appuyer sur un bouton pour pouvoir dormir !! Je vais vendre K'Moon et acheter un Airbus ...


L
e lendemain je vais pouvoir avancer la liste des réparations et en 2 jours presque tout est fait. Reste les filières à remplacer et le reste se fait en mon absence par les différents services autour du port.

plain

Bilan mathématique : 3026 miles effectués en  30 jours et 8 heures !!! Soit même pas 100 miles par jour (99.7 exactement) à la vitesse donc de 4.15 noeuds Très loin des prévisions de départ.
Bilan comparatif : Si je me cale sur la "Transat de Passionnés", je ne m'en sort pas trop mal puisque j'arrive avant leur 8ème bateau, tous en équipage alors que je suis seul, et sûrement un des plus petit avec 7.8 mètres à la flottaison...plus la charge qui doit me monter à 8 mètres. Je les suivais tous les jours sur RFI en période de salon nautique de Paris. Pour ceux qui connaissent, j'ai l'impression d'avoir passé 50 fois le Bear et le Creus en hiver, non stop....
Bilan visuel : 5 cargos, 1 voilier au moteur, 1  balais(!!), 1 ballon de foot (re !!!), 1 bouteille vide, 1 énorme ketch au moteur.
Bilan pélagique : 4 poissons volants sur le pont, 1 petite coryphène pêchée mangée, 2 lignes cassées. Vu au passage qu'une dorade coryphène de plus ou moins 70 cm ( ligne cassée à 2 mètres du bateau) ralenti le bateau d'un demi noeud.
Bilan magnétique : rencontré 5 endroits de plus ou moins 10 km ou les gyros des pilotes se sont complètement affolés suite, je pense, à des lignes de convergence magnétiques terrestres. Il faut passer en barrant à la main, ou barre attachée bateau bien réglé.
Bilan réparations : écoute 16 mm de génois cassée, 3 taquets de prise de ris cassés, filières à changer, réflecteur radar à installer, bouée de sauvetage perdue, pontets du groupe électrogène arrachés, coutures du génois à reprendre, foc dechiré à réparer, grand voile percée à réparer, 1 winch bloqué, 1 grosse poulie d'écoute de grand'voile cassée, tresse de masse générale à changer, circuit electrique des pompes de cale à refaire, 2 axes de chariot d'écoute cassés, plus des détails comme l'antiglisse de la jupe "bouffé" par l'essence des bidons, la douche dont le flexible n'a pas résisté à un coup de houle, pas mal de coulisseaux de la grand'voile à changer, et tous les inox à passiver pour la corrosion. De toute façon, l'intérieur du bateau est dans un état peu descriptible. Et je pense que les haubans vont être à changer dans les plus brefs délais... 
Bilan sommeil : je préfère ne pas en parler....
Bilan santé : plein de médicaments pour mon coude en arrivant, mais en traversée, plein de bobos et de "bleus-mauves-jaunes"partout, tibia pelé sur les marches de la descente, plaques d'eczéma un peu partout (et là intervient le gel d'aloès -voir en haut de page- qui soulage vraiment les démangeaisons), et dur de s'asseoir avec les fesses rongées par le sel !!

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Bilan personnel : dur encore de réaliser...C'est sur, y être arrivé est déjà une récompense énorme, mais dans ces conditions, je ne suis pas sur de pouvoir en sortir un bilan positif. Quand je relis mon livre de bord, je ne trouve que du négatif à part le 2 décembre ou j'écris "journée tranquille" mais c'est sur, ça n'avance pas !!  J'en suis même venu à noter les heures de soleil par jour, elles son rares puisque ente le 30 novembre et le 8 décembre j'en trouve...7 au total. La peur non plus ne s'efface pas d'un coup de gomme. Il faut du temps pour l'oublier, et je pense qu'elle n'y est pas pour rien dans les plaques d'eczémas qui réapparaissent depuis. La seule chose qui me rassure est que je supporte très bien de naviguer seul, sauf évidemment pour des raison "mécaniques" ou des fois j'aurais bien aimé trouver de l'aide quand j'avais trop mal au bras pour remonter la voile, ou ne serait-ce qu'allumer une allumette pour faire chauffer un repas en tenant le bouton du gaz appuyé. Mais psychologiquement la solitude ne m'a jamais pesé. De toute façon, seul il y a toujours quelque chose à faire qui occupe les mains, donc l'esprit...Quand à mon "moi", il va rester très personnel, j'ai juste bien confirmé ce que je savais déjà sur "lui".

Voila, je chanterai victoire à la fin des 1300 miles restant à faire avant d'arriver à La Havane. Pour le moment, je reste mesuré sur cette partie, mais toutefois fier de l'avoir faite seul. La bataille contre le sommeil et le découragement a été rude, mais en mer on ne peut pas abandonner, pas question de se dire "je me repose 2 jours et après je reprends", ce n'est pas courir autour du stade. J'ai trouvé cette façon de voir les choses bien plus dure que tout le reste. Quelque soit le moment, de jour ou de nuit, les conditions bonnes ou mauvaises et l'envie de le faire, si quelque chose chose est à faire immediatement, c'est immediatement qu'il faut le faire ! Bonne école. On s'apperçois que le "bien" par contre peut attendre un peu. Si c'est le moment de diminuer la voile parce que le vent monte et devient "dangereux", il faut le faire immediatement, par contre le vent molli et on a un peu de répit, on peut attendre un peu avant de relancer le bateau, ce n'est plus en phase de risque, l'agréable peut etre repoussé un peu.... à savoir si la vie est pareil ?

Reste à "recharger les batteries" qui sont bien vides après ces 4 semaines, j'ai 4 semaines pour le faire. La fin du parcours "devrait" être plus facile en conditions de mer et de vent, plus difficile à cause des cargos dans le détroit des Bahamas, et surtout plus froide, ici on tourne autour de 7 degrés la nuit et 15 la journée. Va falloir ressortir les polaires, les gants fourrés et le bonnet...et avec un peu de chance, le mal au coude aura disparu, sans ça il faut en plus serrer les dents et reprendre des coups, mais bon, 10 jours maintenant je sais que je vais gérer. Au bout, la récompense, rentrer dans le port de La Havane une fois dans sa vie vaut bien quelques crises de haine. 

En relisant différentes notes dans l'ordinateur, j'ai retrouvé ces phrases que j'avais un jour piqué sur Internet, et je voudrai les rendre ici, en ne sachant plus qui les écrites, alors, auteur(s) inconnu(s), merci:
Garder le bateau sur l'eau, et garder l'eau hors du bateau.
Personne ne s'est jamais échoué sur une vague, en cas de doute rester au large.

Apprenez des erreurs des autres, vous ne vivrez jamais assez longtemps pour les faire toutes vous-mêmes.

Naviguer, c'est éviter de faire ce qu'il ne faut pas faire, ensuite faire ce qu'il faut faire, sans oublier que c'est la mer qui laisse faire.

Quand un cargo vient par tribord, il est prioritaire. Quand il vient de bâbord, aussi!
Si tu ne sais pas faire un noeud, fais en deux.
Naviguer n'est pas dangereux, c'est sombrer qui est dangereux.

Faites 2 listes: la première avec ce que vous avez envie d’avoir, la deuxième avec ce que vous DEVEZ avoir. Jetez la première.
N'abandonnez jamais.....ou comme a dit un Argento-Cubain bien connu : Hasta la Victoria, siempre !

Pas mal de verité dans ces quelques lignes, pas uniquement "marines" si on veut bien un peu les extrapoler.

position


    




  Le petit rond rouge, c'est ma position sous "Delta" le 24 novembre. Sachant que je vais vers "la gauche" et que les vents tournent dans le sens inverse des aiguilles de la montre, je me trouve avec le vent dans le nez . Seule option : sud, mais comme "Delta" va sud aussi, on va avoir du mal à s'en sortir...
 



lit


                                     


                                                                                                                            Mon lit pendant une semaine.....


Des petits films :

Tout va bien

Un peu de vagues de l'arrière

Coup de roulis sur babord


  
coeur

Je voudrai ici remercier tous ceux qui m'on envoyé un message, un texto, un mail d'encouragement. Je vous jure que quand rien ne va, et que le satellite  fait "bip-bip, vous avez un nouveau message", ça fait chaud au coeur et ça aide à redemarrer.  A tous, merci !!  Au fabriquant du chocolat Milka aussi !!!
Et surtout Olivier et Dan, qui suite a une défaillance de mon système de communications, ont pu me faire parvenir la météo tous les matins, ont pu donner tous les jours ma position et rassurer les "terriens", et ont eu la patience d'écouter mes élucubrations au satellite 10 minutes chaque jours.    

En final, je voudrai recommander un livre qui en fait hurler certains, l'art de faire quelque chose de sérieux sans se prendre au sérieux....c'est "Globe Flotteur" d'Antoine (si si, cheveux longs idées courtes...), la voile à la portée de tous. Moi j'aime. En plus, chacun son métier, il a su écrire pas mal de choses sur ce que ressent un   navigateur solitaire.
Fou-rires crispés aussi, en relisant  "Pourquoi les hommes n'écoutent jamais et les femmes ne savent pas lire une carte routière"...
Avec "Piel fria", livre catalan sur l'isolement en mer et les sirènes, frois dans le dos.
Ajoutez-y un peu de Monot et de Lanzman dans le desert, mes lectures etaient "de saison", mais je me voyais mal lire "Sissi imperatrice" à bord....

 
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ÎLE DE LA GUADELOUPE - ÎLE DE CUBA

Après un peu de travail, il faut bien gagner sa vie et payer le diesel des pétoles, je repars en Guadeloupe, mais ce coup-ci, vol direct, c'est tout de même plus rapide. Je trouve  K'Moon à sa place, tout propre, sans la poussière rouge de Ceuta ni la poussière noire de Madère. Jean-Yves a eu la gentillesse de vérifier régulièrement les fonds en attendant que je re-installe une pompe de cale automatique.  Merci à lui. Je retrouve aussi Claude sur "George" qui part sur Panama et le Pacifique et le petit monde du ponton d'accueil de Point à Pitre.

guad
Je répare ou je change à tours de bras ce qui est cassé et je fais un petit stock de pièces pour ce qui est mal en point mais va tenir pour la dernière ligne droite vers Cuba. Je ne change pas les filières, une reprise de 1 centimètre suffit à déplacer le point de rupture du à l'oxydation électrique.
En 4 jours, K'Moon est prêt à repartir. Brave barque qui fête ses 31 ans, j'ai confiance.




Le 16 janvier, à 10 heures, départ pour les 1300 miles entre Pointe-à-Pitre et La Havane. Il me faut déjà pas mal de temps pour sortir de l'abri sud de l'île, et il fait nuit quand je trouve un bon vent qui me pousse vers l'ouest. La vitesse n'est pas terrible, entre 2.4 et 4 noeuds, mais on avance. Vers 1 heure du matin tout va bien, j'ai le vent, et j'en profite pour dormir.

hauban



C'est au matin que je découvre le problème = le bas-hauban arrière est cassé au niveau du sertissage, tout au moins 5 fils du câble, et donc hors de question de "pousser" le bateau au delà d'une certaine limite...que je ne connais pas. Je reprends la tension avec une écoute de spi qui étrangle le mat au dessus des barres de flèche, et prise sur un renvoi et un winch, ça va tenir jusqu'à l'arrivée mais je limite en prenant délibérément 2 ris dans la grand'voile pour diminuer les efforts sur le mat.



Je ne vais pas me lancer dans une longue description de ces 11 jours. Juste signaler que malgré tout je vais prendre 2 jours de bon temps dans la partie Mer des Caraïbes, que le passage entre Haïti et la République Dominicaine sera bien plus musclé avec le vent et la vague de face et que la suite se fait avec un  tout petit vent. Qui une fois de plus va me mettre à l'envers en tournant au nord au lieu de rester Est comme prévu. Et je vais avancer 5 jours au prés, ce qui est mieux que de ne pas avancer du tout. Le principal problème est dans cette zone le nombre de cargos. Il y en a toujours un en vue et la veille doit être permanente, ce qui laisse supposer que les pauses "dodo" ont été courtes durant ces 11 jours.


pieds
flag

Il n'y aura que le dernier jour que tout va aller comme sur des roulettes = 153 miles en 20 heures, ce qui me "ferait" 184 miles en 24 heures. Dommage que ça ne serve à rien, car en arrivant à La Havane, trop de houle et en travers par rapport aux récifs d'entrée sur lesquels sous mes yeux 2 bateaux à moteur essayant de rentrer vont se planter. Je vais faire 3 essais, mais j'abandonne devant le risque de tout casser à 500 mètres du ponton définitif !!!




Après contact avec des amis Cubains, je continue ma route de 30 miles vers l'ouest vers le port de Mariel.  J'arrive pratiquement à la nuit tombée, et à la radio ils m'annoncent que les bouées du chenal ne fonctionnent pas. Va falloir viser entre les récifs de nuit, je n'aime pas vraiment, mais le passage est large et j'arrive à m'aligner sur le phare. Quand je me pose enfin sur le ponton, je suis en pleine zone militaire. Autant poser un avion Afghan sur le toit de la CIA !!


Je vais rester en garde à vue  du vendredi 21 h au dimanche 5 h du matin, sans pouvoir descendre du bateau, sans eau, sans électricité, sans papiers, et avec 2 militaires avec Kalachnikof à 2 mètres de moi "au cas ou" ???

En attendant je fais un essai de faire du pain: bon mais lourd, lourd, vaut mieux pas qu'il ne me tombe sur le pied, dommage le goût est bon.  J'avais calculé juste pour l'avitaillement, et il ne me reste pas grand'choses à manger. Surtout plus de "frais", je suis le régime pâtes/riz, ce qui me permet de déplacer d'un cran de plus le point d'usure de la ceinture. J'ai ma silhouette de mes 20 ans !!

Au passage fouille complète du bateau pas les douanes qui ont la délicatesse de me voler un téléphone cellulaire ( tout neuf, juste acheté a Pointe à Pitre..) qui sera tombé à la mer après discussion avec le chef des douanes locales.
Ne me reste que les batteries pour écouter Manu Chao bien fort qui chante "cuando llegare", ça soulage !!!
Dimanche matin je peux enfin repartir, cette fois direction La Havane. J'y arrive vers les 10 h du matin et les bateaux plantés sur les récifs sont dégagés par un remorqueur. La première visite sera l'hygiène suivi des douanes, re-fouille complète avec chien anti drogue et tout et tout. Cette fois ci je suis prudent, je garde les deux cellulaires qu'il me reste avec moi, et ce sont 200 dollars qui disparaissent !!! Bien sur tombés à la mer en débarquant !!! Je suis d'un maladroit ....
En plus, un des douanier voulait, ou tout au moins espérait que j'allais lui donner mon vieux GPS portable. De colère, devant lui, je l'ai jeté au fond du port !!

J'arrive enfin à ma place il est 16 heures et je suis fatigué du manque de sommeil et surtout du manque de "sérieux" des douanes Cubaines.


 
habana

La havane vue de la mer : photo trompeuse, la ville est une ruine sur 50 pour cent

Cette parie de navigation ne restera pas gravée dans ma mémoire comme la transat en elle même. Juste un peu plus vite, 118 miles par jour, au bout de 4 jours j'ai oublié qu'un bas-hauban était cassé et c'est tant mieux, une arrivée TRÈS pointilleuse avec les autorités Cubaines et les 2 vols du téléphone et des 200 dollars que je n'ai pas franchement apprécié.
J'ai fait 1343 miles cette fois, pour un total de 4379, soit 8100 kilomètres. Pour une première solitaire, je suis partiellement content. Content de l'avoir fait, c'est sur, mais pas dans de bonnes conditions de vent et de mer. Quoique la partie Guadeloupe - Cuba ai été une partie de plaisir, à longer la cote tout le temps sous le soleil, on voit les choses autrement plus positivement que seul au large sous la pluie et la mer forte.
J'ai attendu 5 semaines pour écrire cette fin, qui n'en est pas une, car d'une part, un jour il faudra rentrer, et surtout il faudra trouver un moyen de réapprécier la mer. Pour le moment je suis fâché avec elle. Un tout petit peu, si je ne la vois pas de 3 jours il me manque quelque chose, mais pas envie de naviguer
pour le moment c'est sur . Je vais mettre un moment pour récupérer physiquement de tout ça, encore aujourd'hui j'ai mon bras tout maigre à rééduquer et je ne plus prendre un seul médicament sans avoir une crise d'urticaire.
K'Moon est au port de La Havane, port un peu délabré et loin du centre ville, mais j'y suis bien dans mon bateau. C'est surtout à lui que je dois tout, le positif en particulier, le négatif venant de moi, de la mer et du vent.

Sacré barcasse, je suis fier de lui.

Reste une grande partie de nettoyage et de remise en état, et pour ça, ici, je ne sais pas comment faire, surtout pour les haubans. Pour le reste j'ai pas mal de pièces d'avances, en particulier pour le circuit électrique. Va pas falloir repartir avec un bateau réparé comme une Chevrolet Cubaine des années 1950, je veux mieux, et K'Moon sera mieux, c'est sur, je lui doit ça.

Santa Cruz Del Norte, Cuba, le 3 mars 2006

 
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